
POURIM פּוּרִים
L'Intériorité de la Fête
son sens profond, sa Dimension Spirituelle

רַב דָּוִד אַגְמוֹן
Rav David Agmone
Le jour de Pourim est l'opportunité de dépasser la raison, d'effacer les doutes qui nous assaillent et de nous rapprocher de la Source de la Emouna (2). Cela devient possible grâce à l’étude et à l’accomplissement des Mitsvot de ce jour particulier.
(2) la Emouna (הָאֱמוּנָה) : la Foi, au-delà de tout ce que les limites des sens et de la raison permettent plus ou moins de comprendre.
Introduction
Fermons les yeux un instant, et faisons un retour en arrière dans le temps… Il y a plus de 2300 ans, près de 70 ans après la destruction du premier Beit HaMikdach (3). Les Bnei Israël se trouvaient alors en Galout (4), assujettis au roi Assuérus, « qui régnait de l’Inde jusqu’à l’Ethiopie » (5). Pour ceux qui l’avaient appris par la Tradition, l’exil devait normalement se terminer à la fin d’une période de 70 ans.
La plupart des Juifs menaient une vie normale et tranquille : ils travaillaient, ils allaient au marché et... le jour venu, ils se rendirent au festin offert par le roi. Ils étaient tous pris dans le tourbillon de la vie matérielle. La Délivrance ne leur semblait pas imminente : ils n’espéraient pas revenir bientôt sur leur Terre. Le Peuple tout entier semblait saisi d’un profond endormissement sur le plan Spirituel (6).
(3) Beit HaMikdach (בֵּית־הַמִּקְדָּשׁ) : le Temple de Jérusalem. (4) en Galout (בַּגָּלוּת) : en exil, éloigné de sa Terre. (5) Esther 1, 1. (6) Le Peuple tout entier semblait saisi d'un profond endormissement sur le plan Spirituel (שֵׁנָה רוּחָנִית) : qui avait annihilé tout sentiment de proximité avec le l’ÉTERNEL.
Un jour, le roi nomma un nouveau premier ministre et celui-ci haïssait les Juifs. Il faut dire qu’il avait déjà eu une expérience peu agréable avec un certain Mordeḥaï (7). Ce premier ministre n’eut aucune difficulté à convaincre le roi de signer un redoutable décret dont le but était de tuer et d’anéantir tout le Peuple Juif qui se trouvait dans l’empire.
Subitement, l’exil devint un lieu où rodait la menace de disparaître à chaque instant. Il n’était plus du tout question de Délivrance : les Juifs étaient alors confrontés à une situation où le glaive allait bientôt mettre fin à leurs jours.
La suite est connue. Comme nous le lisons dans la Meguilla (8), il se produisit alors un renversement miraculeux : tout ce que nos ennemis avaient prévu de commettre à notre encontre retomba finalement sur leurs têtes, et « Pour les juifs, ce fut la lumière et la joie, l’allégresse et l’honneur (9) ». Depuis ce miracle, chaque année au mois de Adar, nous célébrons la Fête de Pourim.
(7) Mordeḥaï (מָרְדֳּכַי) : Mardochée. (8) la Meguilla (הַמְּגִלָּה) : le ‘Rouleau’. (9) Esther 8, 16.
De nos jours, la Dimension Spirituelle de cette Fête qui commémore le Miracle semble presque entièrement oubliée. Un peu partout, là où elle est célébrée, la Fête de Pourim est souvent devenue une fête profane où s’entremêlent des boissons et parfois des accès de colère, des festivités et beaucoup de bruit…
Ce qui subsiste toutefois, c’est une grande joie ! Une joie dont l’origine se situe à un Degré Spirituel très élevé. Nous nous proposons ici essayer de rappeler quelques enseignements sur la Dimension Spirituelle qui caractérise la Fête de Pourim, de saisir quelle est l’opportunité extraordinaire qui se présente à nous une fois par an, le 14 Adar, et de découvrir les Degrés grâce auxquels il devient possible d’accéder grâce à la prodigieuse Heara (10) de ce jour particulier.
(10) Heara (הֶאָרָה) : litt. : ‘Émission de LUMIÈRE’ Spirituelle, comme un Éclair fugace ; selon le sens profond : la Révélation à un moment donné, dans la Nechama, de la Volonté du CRÉATEUR.
Un Miracle qui n'est pas fini
Tout d’abord, il faut avoir présent à l’esprit que, dans le Judaïsme, les Fêtes ne sont pas seulement des célébrations destinées à se souvenir. À chaque époque, les Fêtes gardent toujours une dimension actuelle. Le célèbre kabbaliste Ramḥal (11) écrit dans ‘Derekh HACHEM (12)’ que ‘lorsque [chaque année] revient ce grand jour, l’ÉTERNEL fait briller sur nous une LUMIÈRE Spirituelle qui ressemble à celle qui brillait au moment où les faits se sont déroulés, et il devient à nouveau possible de parvenir au même Tikkoun (13) qui s'était alors produit. Dans le Domaine Spirituel, il n’y a pas d’absence. Chaque année se révèle la LUMIÈRE de Pessah, du Don de la Tora, de Ḥanoucca… ainsi que le Tikkoun correspondant à chaque Fête. Le même Miracle qui est apparu à Suze, capitale de la Perse, peut aussi apparaître cette année pour nous. C’est ce qui est écrit à la fin de la Meguilla (9, 28) : « Ces jours sont rappelés et célébrés dans chaque génération, dans chaque famille, dans chaque province, dans chaque ville, et ces jours de Pourim ne seront pas abolis parmi les Juifs, et leur souvenir ne disparaîtra pas de leur postérité ». Autrement dit, les jours de Pourim n’auront pas de fin. Le souvenir de ce qui s’est passé est certes important ; mais, comme l’enseigne la Ḥassidout, l’Essence profonde de la Fête réside dans l’influence qu’elle exerce sur le plan Spirituel dans la Nechama. Lors de Pourim, il peut y avoir un Miracle dans l’Âme juive, c’est-à-dire un profond changement. Il suffit seulement de préparer le ‘Moyen (14)’ adapté, d’étudier et de découvrir les fondements principaux de la Fête et bien sûr d’accomplir selon la Halakha (15) les coutumes particulières de ce jour. Alors, la Révélation de Pourim pourra ainsi briller dans l’Âme de chacun d’entre nous.
(11) Ramḥal (רמח״ל) : Rabbi Ḥayim Luzzatto (1707 – 1746). (12) Derekh HACHEM (דֶּרֶךְ ה׳) : ‘la Voie de HACHEM’. (13) – Tikkoun (תִּקּוּן) : ‘Réparation’ Spirituelle destinée à se rapprocher du CRÉATEUR. (14) Moyen (כְּלִי) : disposition mentale prête à recevoir la LUMIÈRE. (15) Halakha (הֲלָכָה) : ensemble des règles prescrites par la Tradition.
Une grande Lumière
Selon le Rav Yitsḥak Louria (16), ce qui se révèle lors de la Fête de Pourim est plus important que tout ce qui est révélé au cours des autres Fêtes, même à Chabbat. Et le Jour de Kippour, le plus SAINT de l’année, est comme Pourim (17). Quant aux Sages, ils ont dit (18) qu’à l’avenir toutes les Fêtes seront annulées, sauf celle de Pourim. Il va de soi que les Fêtes elles-mêmes ne seront pas à proprement parler, annulées, mais quand viendra le Machïaḥ (19), la Révélation sera tellement grande que l’Éclat propre à chaque Fête sera en quelque sorte annulé devant cette LUMIÈRE, comme la flamme d’une bougie devant le soleil. Mais la Révélation de la Fête de Pourim est si grande qu’elle subsistera pour toujours.
(16) Rav Yitsḥak Louria (1534 – 1572) : éminent kabbaliste, à l’origine de la Kabbala lourianique. (17) le jour des ‘Kippourim’ (כִּפּוּרִים) est ‘comme Pourim’ (כְּ פּוּרִים). (18) les Sages ont dit : Midrach Yalkout Chim’oni, Michlei. (19) le Machïaḥ (הַמָּשִׁיחַ) : ‘Celui qui sera oint’ de l’Huile Sainte, et qui viendra délivrer Israël et l’humanité de tous les tourments qui les assaillent.
Le Rouleau d'Esther
Chaque année, tous les hommes et les femmes ont l’obligation d’écouter, la veille de la Fête ainsi que le jour-même, la lecture du Rouleau sur lequel est rappelée la façon dont les Juifs de l’empire perse ont été sauvés. Certaines conditions sont bien sûr impératives : d’abord, le récit doit être écrit sur un parchemin qui doit être conforme à la Halakha ; ensuite, la lecture doit avoir lieu dans le calme pour que chaque mot puisse être clairement entendu, sinon la Révélation ne peut pas se réaliser parfaitement et la Mitsva d’écouter n’est pas entièrement accomplie.
Rambam (20) écrit qu’à l’avenir, au temps du Machïaḥ, tous les Livres des prophètes et les Hagiographes (Écrits) disparaîtront et qu’il ne restera que le Livre d’Esther (21). Dans ‘Beit Avraham (22)’ il est aussi mentionné que les Tsaddikim voient dans ce Livre tous les événements qui se dérouleront au cours de l’année dans le monde.
Se pose alors une question : comment se fait-il qu’un Livre aussi SAINT et important soit rempli de tant de détails insignifiants concernant un roi ordinaire et stupide ? Et que la cérémonie de son mariage soit décrite sous une forme profane ? Compte tenu de son importance, le Livre d’Esther aurait dû être écrit dans l’esprit du ‘Chant de la mer (23)’, sous forme de louanges adressées à l’ÉTERNEL pour Le remercier du grand Miracle qui s’est produit !
(20) Rambam (רמב״ם) : Rabbi Moshé Ben Maïmon (1138 – 1204). Maïmonide, grand talmudiste, décisionnaire et philosophe. (21) Hilkhot Meguilla 2. (22) – Beit Avraham (בֵּית אַבְרָהָם) : important commentaire ḥassidique du 19ème siècle. (23) – Le Chant de la mer (שִׁירַת הַיָּם) : Exode 15.
La Révélation de ce qui est dissimulé
L’hébreu est une langue merveilleuse (24), et il est important de bien réfléchir au sens de chaque mot et chaque expression. Il en de même ici au sujet de l’expression ‘Meguillat Esther’, car le mot Meguilla peut être rapproché de Gillouï (25) ; et en ce qui concerne ‘Esther’, nos Sages ont dit : ‘Où est-il fait allusion à Esther (אֶסְתֵּר) dans la Tora’ ? Et ils ont répondu : ‘Elle se trouve dans le verset : « Et Moi, Je cacherai (הַסְתֵּר אַסְתִּיר) Ma Face en ce jour… (26) ». Nos Sages ont dit que le mot אַסְתִּיר fait allusion à אֶסְתֵּר. S’il en est ainsi, dans le Livre d’Esther, il est fait allusion à la Révélation de la Dissimulation (הֶסְתֵּר). Ce Livre a pour but de révéler ce qui est dissimulé.
De quelle dissimulation s’agit-il ? De la double dissimulation à laquelle les Juifs de la capitale perse, Suze, ont été confrontés : la dissimulation dans laquelle nous nous trouvons encore aujourd’hui, chacun selon son Niveau Spirituel. Dans le récit profane de la Meguilla se dissimule la Révélation de la LUMIÈRE Infinie. Les kabbalistes nous disent que dans ce récit, qui semble n’être qu’une histoire ordinaire, il y a d’immenses Secrets. Le Rav Scheinberg (28) explique que tous les Secrets de la Création se trouvent dans la Meguilla, ainsi que la Tora tout entière...
(24) l’hébreu est une langue merveilleuse : très riche, car les un même mot peut avoir de nombreuses significations. (25) Meguilla (מְגִלָּה), qui signifie ‘Rouleau’, vient du mot Gillouï (גִּלּוּי) dont le sens est Révélation. (26) – Deutéronome 31, 18. (27) – la Dissimulation : ce qui reste invisible et incompréhensible. 28 – le Rav Scheinberg Mordeḥaï (1938 – ?) : kabbaliste réputé.